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Au large des côtes Sufokiennes, au beau milieu d’une mer déchaînée, un navire rougeoyant déchire les flots. Sa coque écarlate lutte et abat les vagues, l'une après les autres, tandis que le sombre étendard de la piraterie flotte tout en haut de son mât. Dans les profondeurs du bateau pourtant, épargnés par le sel et la houle, les pirates rêvent...

Trésor à partager DOFUS Touch
La houle sauvage et furieuse frappe sans relâche la coque du navire qui grince et craque à chaque rafale. L’eau suinte des interstices de bois et forme des flaques mouvantes sur le plancher du bateau. Les caisses et les boîtes entassées s’agitent, vont et viennent dans la cale surchargée. Elles se fracassent d’abord sur les canons sanglés et emportent à leur retour plusieurs boulets qui s’écrasent mollement dans les provisions de fruits. Une odeur de bois détrempé se mêle au parfum si coutumier du navire, de sueur et de vin. Les bougies, ficelées aux poutres, vacillent dangereusement et leurs ombres ondulent sur la surface arrondie de l’embarcation. Au dehors, on peut entendre la tempête rugir, le ciel éventré par d’innombrables éclairs et la pluie torrentielle qui s’abat sur le grand large.

" Un jour de plus enfermé dans ce fichu rafiot et j’vous jure que j’m’offre moi-même aux requins, comme une jolie donzelle dans les bras d’ses amants.

– Quand ‘vont voir ta tronche d’édenté, ils vont te recracher fissa les r’quins, hé hé !
"

Jonas, « l’édenté », lance son couperet en direction de Patréfin qui ricane entre ses mains. Le pirate l’évite de justesse. L’instant d’après, une violente rafale secoue à nouveau le navire et fait taire les rires. Un bruit de régurgitation résonne discrètement dans le fond de la cale. Un rat couine sous un coup de pied. Raclement de gorge.

" Bon on va pas passer la soirée à s’regarder dans l’blanc des mirettes jusqu’à ce que la tempête décide d’aller voir ailleurs ! Dans quelques heures, on est riches ! « Riches », vous entendez ?! Riches !! Et même ça, Patréfin peut le comprendre ! "

Pilpoil se lève et son tabouret profite d’une nouvelle bourrasque pour rebondir jusqu’au fond de la cale. Les huit yeux des pirates assis autour de la table ne se détachent pas de leur confrère barbu. Ce-dernier, plus impressionnant par sa pilosité faciale que par sa taille, adresse un regard complice avec chacun des pirates attablés avant de poursuivre :

" Pensez-y ! Une montagne de pièces d’or pour chacun de nous ! C’est plus que ce qu’on n’a jamais eu, ni même espéré ! Et pour peu que Patréfin s’fasse bouffer par un kralamoure géant, ça fait une part de plus à se partager. Fini d’être un larbin et de côtoyer des bons-à-rien ! Terminé d’écumer la mer pour rien et finir par se prendre un boulet d’canon en travers d’la face !

Ben euh… murmure Patréfin, c’est que moi, la mer, j’aime bien ça… "

Le pirate barbu manque de se rasseoir dans le vide et s’adosse plutôt à une poutre en bois rongée par le sel. Ses yeux brillent des pièces d’or auxquelles il songe. Jonas gratouille pensivement son crâne et s’adresse finalement au pirate barbu :

" Ouais, ouais... Des montagnes de pièces d’or, à condition que le capitaine nous laisse ne serait-ce que s’approcher d’un kamètre du trésor ! "

Le pirate soupire bruyamment tandis que le navire grince une nouvelle fois de manière inquiétante, l’embarcation se soulève puis retombe durement sous les torrents d’eau déchaînés du dehors. “L'édenté” avale une longue gorgée de vin avant de poursuivre :

" Tout ça pour aller planquer sa richesse sur une île dont on oubliera le nom et même la position… Moi si j’avais autant de pièces d’or, j’irais pas l’enterrer au fond d’un trou à rat ! Je ferais construire une taverne tout en haut d’une falaise, face à la mer ! J’ferais venir plein d’belles dames pour m’aider à tenir l’endroit et je contemplerais le coucher d’soleil tous les soirs jusqu'à la fin des temps.

Moi, renchérit Fat Bob, avec tout cet argent, j'achèterais un grand navire où j’installerais un restaurant flottant ! Un bateau-restaurant, il s'appellerait le Baratin ! Je sillonnerais les mers et je servirais tous les marins du monde ! Je pourrais rencontrer tous les plus grands pirates et je serais connu à travers tous les océans. "

Homère, à la gauche de Pilpoil, déglutit bruyamment en entendant ces mots. À la seule pensée de la cuisine du pirate, un frisson glacial le parcourt. Fat Bob lui adresse un regard cinglant tout en faisant claquer sa louche dans la paume de son autre main.

" Eh bien moi, s’empresse Homère pour détourner l’attention, si j’avais autant d’or, je ne remettrais plus jamais l’pied en mer. Plus jamais, vous entendez ?! Adieu les hauts l’cœur et les tempêtes comme celle-ci. Je m’acheterais une grande maison près de Bonta et j’me mettrais à la musique. Ouais… La musique… Je jouerais du piano toute la journée et je ferais même des concerts ! Je deviendrais célèbre et j'épouserais une belle blonde avec de grands yeux bleus… Ou peut-être une belle brune, tiens ! Moi j’suis pas compliqué vous savez...Tant qu’elle est belle et que mes dents en moins, ça la dérange pas trop…

Faut aussi qu’elle supporte ton haleine de Boufmouth crevé, raille Fat Bob, et ça c’est pas gagné ! Mon pauvre, tu ferais mieux d’retourner chez ta vieille maman. "

Les trois pirates autour de Homère ricanent bruyamment tandis que Patrefin se demande vaguement à quoi peut ressembler un Boufmouth. Le cuisinier joufflu et rondelet se tourne vers Pilpoil qui gratouille sa barbe en riant.

" Bon, et toi Pilpoil, qu’est-ce que tu comptes faire après avoir trouvé ce trésor ?

– J’vais retourner d'où je viens et retrouver ma fille et sa mère ! Je vais devenir un père exemplaire, vous voyez ? Fini la piraterie. J’lui apprendrai à pêcher l’requin-baleine, et à éventrer les crabes, à manier le couteau comme personne et à racketter les p’tits voyous ! Jamais personne ne pourra l'embêter ma petite fille chérie !

– Ouais, ouais, c’est vrai que c’est bien ça !!

– On aura une cabane au bord de la mer, ou p’têt plutôt près d’un lac. Je lui apprendrai à naviguer et un jour elle aura son propre bateau… Peut-être qu'elle voudra même devenir pirate ! Et attention, ça sera une capitaine pirate extrêmement douée… Mais bon faudra pas l’dire à sa mère…
"

Les quatre pirates se regardent les uns les autres et acquiescent tous ensemble dans un méli-mélo d’approbations enthousiastes.

" Moi aussi, je vais faire ça ! S’exclame Patréfin en bondissant de son tabouret. Je veux faire la même chose que toi après être devenu riche ! La maison sur le lac et le bateau pirate et tout et tout !

Tu n’as ni d’fille ni d’femme Patréfin, rassieds-toi et trouve-toi un autre rêve, grand fou ! "

Quelque peu déçu, Patréfin se rassoit en silence. Les autres attablés soupirent, exaspérés plus qu'amusés par le vide impressionnant qui sépare les deux oreilles du pirate. La tempête se calme peu à peu et de fins rayons de lumière cherchent et trouvent à se faufiler par les ouvertures du bateau.


Pilpoil se tourne alors vers vous. Vous êtes attablé(e), sur une caisse en bois, aux côtés de l'équipage, en face du pirate à la barbe broussailleuse. Toutes les têtes se sont maintenant penchées dans votre direction et vous scrute longuement.

" Et toi alors, pourquoi tu dis rien ? C’est quoi ton rêve ?! Qu’est-ce que tu comptes faire quand on aura mis la main sur ce trésor ? "